Le D51, le C51 et le C57…, la locomotive japonaise attire encore aujourd’hui les enfants mais aussi les adultes. Bien que les locomotives à vapeur soient de nos jours réduits à des attractions touristiques, il y a pas mal de japonais qui portent ce train d’époque dans leur cœur. Parfois, les garçons demandent une locomotive jouet au Père Noël, ou quelques adultes passionnés prennent en photos ces créatures lancées sur les chemins de fer. Il me semble que la locomotive à vapeur a ce charme qui la rend unique par rapport aux trains modernes. La grande roue, la fumée et le rugissement me donne l’impression qu’elle est vivante. Ecoutons le témoignage d’un des derniers chauffeurs de locomotive ancienne.

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Mitsuo MISHIO, l’un des derniers conducteurs de locomotive à vapeur

Mitsuo-san est né dans la préfecture de Saga en 1922. Il commença à travailler dans la compagnie Kokutetsu(« 国鉄 ») : « Chemins de fer nationaux japonaises » à l’âge de 15 ans en 1939. Selon Mitsuo-san : « Au début, quand j’étais un débutant, il fallait laver des locomotives avec des pailles à la main. J’étais toujours couvert de charbon. C’était dur mais j’ai franchi ces jours difficiles parce que je voulais devenir un conducteur ». À ce moment-là, conducteur de locomotive était une profession de rêve pour les garçons. Il dit que « Pendant que les supérieurs lavaient la cabine, les nouveaux venus comme nous devaient polir les roues avec un paille. Mes mains étaient glacées quand il neigeait et que la brise soufflait ! Je voulais devenir un conducteur le plus rapidement possible, car le conducteur, lui, peut chauffer ses mains à la chaleur du fourneau. »

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Pendant la seconde guerre mondiale, Mitsuo fut appelé à Tokyo pour devenir « Garde Impériale ». Après la guerre, il revint à Saga pour conduire à nouveau les locomotives. Même après plus de 40 ans de carrière chez Kokutetsu, le paysage depuis sa cabine réside encore dans son esprit. Il dit : « Je me souviens que j’ai conduit le long de la crique. C’est un des meilleurs souvenirs pour moi, car je pouvais regarder les gens ramassant les palourdes et les algues le long de la plage. C’était comme si je voyageais tous les jours. »

Le dernier jour pour la locomotive à vapeur à Saga

Au fur et à mesure, la locomotive à vapeur disparu de tout le Japon et même celui de Saga ne put échapper à cette extinction. Le dernier D51 de Saga fut retiré en 1972, pour être remplacé par les trains à diesel ou électrique. Ça lui manque mais Mitsuo-san accepta la situation. « C’était comme si nous prenions de l’âge. Ça me manque mais je compte transmettre mon souvenir à mon fils et petit-fils. » Il laissa ainsi à sa famille une lettre immortalisant ses souvenirs de conducteur de locomotive. «Je n’oublierais jamais tout ce que la locomotive à vapeur a fait avant et après la guerre. Quant à vous, n’oubliez pas que c’est à la locomotive que l’on doit la reconstruction du Japon. »

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Un produit industriel ou plutôt artisanal ?

Parfois ces anciennes machines, comme les métiers à tisser Jacquard, me donnent l’impression d’être « vivantes ». Surtout la locomotive à vapeur, qui pour moi ressemble à un animal fabuleux et puissant. Rien à voir avec la voiture d’aujourd’hui, équipée de système électrique, ou le Shinkansen contrôlé par une technologie de pointe.
L’industrie d’aujourd’hui peut produire le Shinkansen, mais serait bien incapable de produire le bon vieux D51. On peut dire que la locomotive est plutôt artisanale et son savoir-faire est presque disparu. Mais alors pourquoi la locomotive à vapeur ne cesse pas de fasciner les gens ? Est-ce juste par sentiment de nostalgie, ou serait-ce l’immense patrimoine technologique et les savoir-faire techniques qui en découlent ?
Les deux, je pense. De temps en temps, les produits artisanaux nous apportent ce sentiment spécial. Peut-être aussi que l’âme des fabricants résident dans leurs œuvres et leur donne cette « vie ».