Avez-vous déjà expérimenté la location de Kimono lors de votre voyage au Japon ? C’est une expérience intéressante à faire pour vous sentir un peu plus dans la peau d’un(e) Japonais(e) des temps jadis. Pour ceux d’entre vous qui l’ont déjà fait, par contre, vous vous dites que ce serez impossible de pouvoir vêtir le Kimono tous les jours chez vous… 
En effet, le « Kitsuke » (着付), ou l’art d’enfiler et porter un Kimono, est un savoir-faire tel que de nos jours, seul(e)s les spécialistes et passionné(e)s le maîtrisent. Ce qui a tendance à décourager la plupart des gens. Or, sur l’initiative de quelques compagnies espérant démocratiser l’habit traditionnel japonais, de nouvelles formes de Kimono ont vu le jour.
 L’objet de cet article est donc de vous présenter ces nouveaux Kimonos et de vous montrer que… ben ce n’est pas la peine de tant se compliquer la vie !

Des accessoires et codes traditionnels dont on peut se passer

Tout d’abord, selon l’art du Kitsuke, il vous faut porter un Juban (襦袢). Il s’agit d’une sorte de « sous-vêtement », avec la même forme que le Kimono (des versions courtes existent aussi) et généralement de couleur blanche ou dans des tons pastel. De nos jours, parmi les jeunes Japonais ayant choisi de vêtir le Kimono dans leur vie quotidienne, le Juban n’est pas forcément porté. Le Kimono n’est bien sûr pas fait pour être porté à même la peau (ce n’est pas une robe de chambre !), mais on peut très bien mettre dessous d’autres vêtements discrets et proches du corps (collants, sous-pull, etc).

Le plus compliqué, c’est pour les Japonaises qui se doivent d’insérer des coussins et serviettes autour de leur taille afin d’effacer leurs formes. S’il est difficile de passer outre ce diktat au Japon, nous sommes bien sûr libres de notre côté d’assumer nos formes. Inutile de s’encombrer de ces accessoires qui rendent le port du Kimono plus désagréable qu’autre chose. Et à mon humble avis, c’est ce genre d’étiquette stricte qui rebute la jeunesse japonaise et les étrangères. Ce qui, au résultat, fait plus de mal à l’industrie du Kimono qu’autre chose. Ceci dit, ça n’a pas empêché certaines compagnies de comprendre ce point de vue et de tenter une nouvelle approche du Kimono, plus rapide et facile à porter.

Nibushiki Kimono, ou le Kimono deux pièces

 

Le Nibushiki Kimono (二部式着物, aussi appelé “Kimono séparé” : セパレナ着物) est de loin le design qui transforme le plus le Kimono. Signifiant littéralement « Kimono deux pièces », le Kimono se retrouve séparé au niveau du bassin. On a donc le bas, qui ressemble à une jupe longue attachée autour de la taille avec de longs rubans, que l’on met en premier. Attention toutefois à ce que le pan qui se rabat s’accorde avec le haut. Ah, et surtout, si vous êtes au Japon, rabattez le pan GAUCHE sur le droit (l’inverse étant la façon d’habiller les morts…). 
Ensuite, faites de même avec le haut, nouez votre Obi par-dessus et : voilà ! On a carrément l’impression que vous portez un Kimono classique mais ça ne vous a pris que quelques minutes montre en main ! 
Sachez aussi que le Obi a sa version simplifiée. Appelé « One Touch Obi » (ワンタッチ帯), vous avez juste à enrouler le Obi autour de votre taille, à l’attacher (système à crochet ou à scratch), puis à glisser le nœud détachable. Ni vu ni connu !

Kamakura Shitate, le Kimono simplifié

 

Ce type de Kimono là est bien plus proche du Kimono traditionnel dans sa forme. Seule différence : un long ruban attaché dans la doublure, à chaque extrémité du col, dont l’un se glisse dans une ouverture sur le côté. 
Le principe est simple : vous rabattez le côté droit de votre Kimono. Vous glissez le ruban dans l’ouverture située sous votre manche gauche. Vous rabattez le côté gauche de votre Kimono par-dessus le côté droit. Puis avec chaque ruban, vous faites le tour de votre taille et vous les attachez grâce à un système de crochet. Plus qu’à mettre un Obi par-dessus, qui s’attache également par un système de ruban que l’on glisse sous le Obi une fois noué. Et voilà, vous êtes parée !

A l’heure actuelle, ce genre de Kimono n’existe que pour les Kimono féminins. Les Kimonos masculins sont en effet beaucoup plus simples à porter. Je suppose aussi que les compagnies qui sont à l’origine de ces concepts cherchaient avant tout à séduire une clientèle féminine. 
On ne dirait pas qu’ils cherchent à exporter ce genre de Kimono à l’étranger pour l’instant. Personnellement je comprends les puristes qui souhaiteraient préserver le Kimono sous sa forme d’origine avec toute son étiquette et ses codes. Mais ce n’est pas en s’accrochant aux traditions que l’industrie du Kimono pourra se sauver de son extinction. 
Mais franchement, qu’en pensez-vous ? Est-ce que ces Kimonos-là vous intéresseraient ?

© artisanatjaponais.com / Co-écrit par Lucas et Takeshi


SOURCES EXTERNES

« Asagi Concept », « Kamakura Shitate« , http://www.asagiconcept.co.jp/howto.html

« Musubi – Kyoto », « Nibushiki Kimono », http://musubi-kyoto.jp/separate_kimono/