Yamamura Takeshi est né en 1950 à Hirokawa, un petit village perdu quelque part entre Kurume et Yame dans la préfecture de Fukuoka. Issu d’une famille de tisserands, c’est tout petit déjà qu’il entra dans l’univers du Kurume-gasuri. Il est maintenant le quatrième du nom de l’atelier Yamamura, qui fut fondé en 1893. Autrefois, du temps où l’industrie textile battait son plein, son père faisait aussi bien le tissage à la main qu’à la machine. Mais Yamamura Takeshi eut le parti pris d’abandonner totalement les machines automatiques. Il fit ce choix car il préfère la chaleur humaine transmise par les irrégularités du fait-main, à la froideur d’un motif parfaitement tissé à la machine. C’est donc uniquement avec d’anciens ourdissoirs et métier à tisser, des ingrédients naturels, et beaucoup, BEAUCOUP de patience, qu’il fabrique ses tissus.

atelier indigotier

En effet, il ne lui faut pas moins de 3 mois entier de travail assidu pour achever un seul rouleau de tissu de 12 mètres. Jusqu’à 6 mois pour les motifs les plus fins et colorés. Yamamura-san se procure les fils de coton auprès de fournisseurs locaux. Pour ce qui est de la teinture, il ne jure que sur les feuilles d’indigotiers produits à Tokushima, dans le Shikoku. D’une qualité rare, cet indigo est emballé dans des nattes de pailles et utilisés par les teinturiers les plus exigeants. Pour info, même l’atelier reconnaît la valeur de cet indigo. Yamamura Takeshi intervient donc à partir de l’étape de la teinture, qu’il prépare lui-même.

indigo bleu

Si auparavant la famille de Yamamura-san proposait également d’autres couleurs, il ne propose actuellement que de l’indigo. En effet, la charge de travail colossale du tissage à la main et la baisse de demandes pour les autres coloris ont amenés Yamamura Takeshi à se spécialiser dans cette couleur qui définit son univers. Ce qui ne l’empêche pas de décliner à foisons les nuances et gradations entre le blanc et l’indigo. Ce qui donne des effets de mouvements ou de brillances pour le moins fascinants !

ikat indigo
kimono indigo

Yamamura Takeshi est un véritable auteur ! Plutôt que de se contenter de faire ce qui se faisait autrefois, il explore sans cesse de nouvelles possibilités dans ses motifs. Las de suivre des commandes prédéfinies et contraignantes, Yamamura Takeshi décida de suivre ses propres envies et de ne créer que des motifs qui lui plaisent. En guise de concept, il se base en général sur une image mentale qu’il cherche à matérialiser dans son tissage. Il avait par exemple essayé une fois de reproduire une aurore boréale à travers le Kurume-gasuri. Chacun de ses rouleaux de tissus sont ainsi uniques. De véritables œuvres d’art ! La singularité de son travail lui permit de collaborer avec plusieurs stylistes et designer pour créer des pièces uniques exposés lors de défilés. Le tissu de Yamamura Takeshi est clairement le genre de matériau propice à de la haute-couture ! Il reçut d’ailleurs quelques prix de la part de la NHK et du journal Asahi lors de certaines expositions.

objets indigo bleu

Ce qui ne l’empêche pas d’être une personne particulièrement humble et modeste. Il souhaite avant tout que le Kurume-gasuri se fasse connaître, et que ses tissus fassent le bonheur des professionnels comme des amateurs. C’est aussi pourquoi Yamamura Takeshi expérimente beaucoup avec ses tissus pour inventer de nouveaux produits dérivés. Bijoux et accessoires, tentures, rideaux, coussins, pochettes, etc… il est toujours à la recherche de nouvelles possibilités.

atelier tisserand

Le Kurume-gasuri étant enregistré comme Bien culturel immatériel au Japon, Yamamura Takeshi compte parmi les défenseurs de ce patrimoine. Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait s’attendre de quelqu’un de son envergure, sa notoriété ne lui permet pas de vendre autant qu’il le souhaiterait.

Fabrication du Kurume-gasuri :

Pour fabriquer ce tissu de A à Z, il faut compter 30 étapes en tout ! Laissez-nous vous expliquer brièvement quelques-unes de ces étapes.

atelier indigo

Design du motif (下絵/Shitae)

Une fois que le design du motif a été déterminé (par le tisserand ou par la compagnie faisant la commande), il est couché sur un papier millimétré qui servira de repère. Par-dessus ce papier sera étendu les fils, qui seront ensuite ajustés et marqués là où le motif coïncide lors du nouage des fils avant la teinture.

design du motif

Nouage des fils (手くびり/Tekubiri)

Les fils sont noués ensemble là où le motif est sensé apparaître. Pour cela, le tisserand utilise de l’écorce de Arasou (粗苧, une variété du chanvre) séché. Cela permet de répartir les fils de chaînes ensemble et de s’assurer à ce la teinture ne pénètre pas.

nouage des fils

Préparation de la chaîne avant le tissage (経割/Tatewari)

Une fois que les fils ont été teintés, lavés puis séchés, le tisserand va pouvoir préparer les fils de chaînes. Il s’agit ici d’ajuster les fils de chaînes entres elles pour que le motif se dessine correctement. On fait donc passer les fils de chaînes par le guide-fil d’un métier à tisser (on l’appelle en japonais le « Araosa »/荒筬), afin qu’ils soient bien étendus comme il faut. Le tisserand passe au préalable les fils de chaînes au peigne pour qu’ils soient proprement alignés. Afin que les motifs se répartissent en quinconce, on fait glisser les fils dont certains vont être « retardés » en passant le long d’une barre cylindrique (appelé « Gunoma »/グノマ) en dessous.

préparation de la chaîne avant le tissage
yamamura takeshi